L’actualité guinéenne est dominée ces dernières semaines par la croisade lancée par l’organe sans visage qu’on appelle » CNRD » contre la délinquance économique et financière et les occupations illégales de domaines de l’État. Si, dans l’ensemble, cette initiative est saluée par la majorité des guinéens, il n’en demeure pas qu’elle suscite des doutes et des interrogations par endroits.
En effet, depuis la mise en place des organes de la transition, aucun de leurs membres n’a procédé à la déclaration de ses biens.
Selon le porte-parole du gouvernement, cette situation s’expliquerait par le défaut d’indication de la juridiction devant laquelle la déclaration des biens doit être faite. Un tel argument est d’une légèreté étonnante de la part d’un ministre de la République.
Rien n’empêche en effet les membres des organes de la transition notamment le Président de la Transition, le Premier ministre, les membres du Gouvernement et le Président du Conseil National de la Transition de déclarer leurs biens devant la Cour suprême. Et d’ailleurs, le Président de la Transition est fondé à prendre une ordonnance pour le préciser. Autre point d’interrogation : les membres du CNRD qui, pour la plupart d’entre eux, sont dans l’anonymat le plus complet semblent être totalement dispensés de l’obligation de déclarer leurs biens. Comment peut-on croire en la sincérité du CNRD de lutter contre l’enrichissement illicite alors que les principaux membres des organes de la transition disposent de facilités ou de possibilités de s’enrichir illicitement eux-mêmes ? La déclaration des biens est un gage de transparence.
Par ailleurs, depuis que la lutte contre l’enrichissement illicite a commencé, seuls les civils sont inquiétés à date. Or, depuis toujours, les militaires ont été associés à la gestion de la chose publique. Peut-on dire qu’il n’y a rien à regarder de leur côté ? Les civils sont-ils les seuls à se rendre coupables d’enrichissement illicite ? Chaque guinéen peut avoir une réponse à cette question.
Mohamed Bangoura